Le saviez-vous ? On guérissait l'ulcère en buvant du plâtre liquide

Pendant des décennies, les gastro-entérologues juraient que l'ulcère gastrique était une maladie du stress. Un Australien a tout remis en question en avalant un verre de bactéries. Et il a failli finir aux urgences.

En 1983, à Perth, en Australie, un jeune interne de 32 ans nommé Barry Marshall fait une découverte que personne ne veut entendre. Avec son collègue Robin Warren, il identifie une bactérie dans l'estomac de patients ulcéreux : Helicobacter pylori. Le problème ? Tout le monde sait que l'estomac est trop acide pour héberger le moindre microbe. Tout le monde a tort.

Marshall présente ses résultats. On le rit au nez. Les grands pontes de la gastro-entérologie lui expliquent patiemment que le stress, l'alcool et les repas irréguliers causent les ulcères. Pas une bactérie. Jamais. Le sujet est clos.

Sauf que Marshall ne lâche pas l'affaire. En 1984, faute de modèle animal convaincant, il fait quelque chose d'assez dingue : il avale lui-même un bouillon chargé d'H. pylori. Cinq jours plus tard, il développe une gastrite aiguë. Il se traite aux antibiotiques. Et il guérit. Voilà ton essai clinique, messieurs.

Le twist, c'est ce qui se passait avant cette découverte. Depuis les années 1920, le traitement standard de l'ulcère, c'était le bismuth et les antiacides - dont du carbonate de calcium quasi indiscernable du plâtre dilué - pour neutraliser l'acidité. Ça calmait les symptômes. Ça ne guérissait rien. Les rechutes étaient quasi systématiques. Les patients revenaient tous les ans, à vie, croyant que leur caractère anxieux les condamnait.

Il a fallu attendre 1994 pour que les NIH américains reconnaissent officiellement le rôle d'H. pylori. Et 2005 pour que Marshall et Warren reçoivent le Nobel de médecine.

Aujourd'hui, au comptoir, quand tu délivres une trithérapie d'éradication - inhibiteur de pompe à protons plus deux antibiotiques - tu délivres le résultat direct d'un chercheur qui a bu des bactéries parce que personne ne le croyait. Ça mérite bien d'être raconté.

Source : Pharm'Alpha