Le saviez-vous ? On guérissait l'hypertension en retirant... les reins
Avant les antihypertenseurs, les médecins avaient une idée radicale pour faire baisser la tension. Pas de pilule, pas de régime sans sel. Non : on opérait. Et le prix à payer était colossal.
On est en 1953. L'hypertension artérielle tue des milliers de personnes chaque année. Les médecins n'ont presque rien dans leur arsenal. Pas de bêtabloquants, pas d'IEC, pas de sartan. Rien ou presque.
Alors un chirurgien américain, Reginald Smithwick, sort une idée qui laisse sans voix : supprimer chirurgicalement une partie du système nerveux sympathique. La technique s'appelle la sympathectomie lombaire. On coupe les nerfs qui commandent la constriction des vaisseaux. La pression baisse. Logique, non ?
Et ça marchait. Vraiment. La tension chutait de façon spectaculaire chez certains patients. Smithwick opère des milliers de personnes entre les années 40 et 50. Les résultats publiés sont impressionnants. La technique se répand dans tout l'Occident.
Mais voilà le twist. Ces patients guérissaient de l'hypertension... pour tomber dans autre chose. Hypotension orthostatique sévère à chaque lever, impuissance quasi systématique chez les hommes, troubles digestifs chroniques, incapacité à transpirer normalement. Certains s'évanouissaient debout. D'autres ne pouvaient plus mener une vie normale. On avait remplacé un risque cardiovasculaire par un handicap quotidien majement.
En 1958, tout s'arrête presque du jour au lendemain. La réserpine puis l'hydrochlorothiazide arrivent sur le marché. Les premiers vrais antihypertenseurs oraux. Une pilule le matin, et la tension se stabilise. Fini le bloc opératoire, fini les nerfs sectionnés.
Cette histoire rappelle une chose fondamentale au comptoir : chaque médicament antihypertenseur qu'on délivre aujourd'hui, chaque ordonnance de ramipril ou d'amlodipine, représente des décennies de tâtonnements brutaux. Quand un patient rechigne à avaler sa pilule, rappelle-lui qu'il aurait pu passer sur le billard à la place.
Source : Pharm'Alpha