Le saviez-vous ? La première banque de venin de serpent était dans une cuisine de Miami
Dans les années 1940, un herpétologue à moitié fou stockait des centaines de serpents venimeux dans sa maison pour produire du sérum antivenimeux. Sans lui, des milliers de personnes seraient mortes. Et tout ça a commencé par une morsure qu'il s'est lui-même infligée.
Miami, 1946. Bill Haast a 30 ans, une maison de banlieue, une femme qui tente de rester zen... et 150 serpents venimeux dans le jardin.
Cet ancien mécanicien de l'US Navy est obsédé par une idée fixe : produire du venin de serpent en quantité industrielle pour fabriquer des antidotes. À l'époque, les morsures de serpent tuent des milliers d'Américains chaque année, et les hôpitaux manquent cruellement de sérums. Personne ne veut financer ce projet. Haast décide donc de faire ça chez lui.
Il ouvre le 'Serpentarium de Miami' en 1947 - mi-laboratoire, mi-attraction touristique - et commence à extraire manuellement le venin de cobras royaux, de mambas noirs et de taipans. Chaque jour. Avec ses mains nues ou presque. Le twist ? Pour développer une immunité, il s'injecte volontairement des doses croissantes de venin depuis 1948. Il sera mordu 172 fois au cours de sa vie. Il vivra jusqu'à 100 ans.
Mais l'histoire prend un tournant inattendu en 1977. Un enfant mordu par un serpent exotique rare arrive aux urgences. Aucun sérum disponible nulle part dans le pays. Les médecins appellent Haast en urgence. Il fait prélever son propre sang - chargé d'anticorps uniques - et le transfuse directement à l'enfant. L'enfant survit.
Son travail a directement contribué à la standardisation des protocoles de production des sérums antivenimeux aux États-Unis, et posé les bases de ce qu'on appelle aujourd'hui la 'venomique' - l'étude systématique des venins comme sources de molécules thérapeutiques.
Aujourd'hui, des dérivés de venin de serpent sont présents dans des médicaments contre l'hypertension, les troubles de la coagulation et même certains cancers. La prochaine fois qu'un patient te demande l'enalapril, dis-toi qu'il y a un peu de serpent dans son ordonnance.
Source : Pharm'Alpha