Le saviez-vous ? On soignait les maladies de peau avec de l'arsenic en bonbon
Pendant près de deux siècles, l'arsenic était prescrit comme un médicament courant, présenté sous forme de pilules, de solutions buvables et même de bonbons colorés. Des milliers de patients l'avalaient chaque matin pour traiter leur psoriasis, leur eczéma ou leur asthme. Et les médecins trouvaient ça parfaitement raisonnable.
On associe l'arsenic aux empoisonneurs de la Renaissance, aux intrigues de cour et aux romans policiers. Et si je te disais qu'au XIXe siècle, ton médecin t'en prescrivait tranquillement pour soigner ta peau qui gratte ?
En 1786, un médecin irlandais nommé Thomas Fowler met au point sa solution arsenicale : 1 % de trioxide d'arsenic dissous dans de l'eau de lavande. Il baptise ça la « solution de Fowler ». Et cette petite fiole va traverser les décennies sans que personne ne lève vraiment un sourcil.
Au pic de sa gloire, vers 1850-1900, la solution de Fowler est prescrite pour une liste longue comme le bras : psoriasis, eczéma, asthme, leucémie, paludisme, anémie, neurasthénie. Les fabricants autrichiens de la région de Styrie font même mieux : ils vendent des « pilules arsenicales » aux mineurs locaux, qui les croquent pour « avoir bonne mine » et résister au froid. Certains en consomment jusqu'à 400 mg par jour. La dose létale pour un adulte non habitué est de 60 mg.
Le twist ? Ces hommes ne mouraient pas immédiatement. L'exposition chronique crée une tolérance progressive. Leurs cheveux poussaient fort, leur teint paraissait éclatant. L'arsenic stimule la production de globules rouges. Résultat : au XIXe siècle, certaines femmes anglaises mastiquaient des pilules arsenicales comme des bonbons pour avoir le teint « lumineux ».
La solution de Fowler n'est officiellement retirée du marché britannique qu'en 1958. Oui, 1958.
La chute de l'arsenic-médicament ? Elle commence avec les premières études épidémiologiques sérieuses qui relient exposition chronique et cancers de la peau, du poumon, de la vessie. Le temps qu'on comprenne, plusieurs générations y avaient goûté.
L'histoire ne s'arrête pas là. Aujourd'hui, le trioxide d'arsenic est bel et bien de retour en pharmacie, sous le nom de Trisenox. On l'utilise en chimiothérapie ciblée contre certaines leucémies aiguës promyélocytaires. Le poison d'hier est redevenu un médicament - mais cette fois, avec un dossier clinique de 50 pages et une surveillance hépatique stricte. Ça change tout.
Source : Pharm'Alpha