Le saviez-vous ? On traitait la malaria avec de l'écorce d'arbre volée aux Incas
Au XVIIe siècle, un arbre péruvien a bouleversé la médecine mondiale. Son écorce contenait le secret contre le paludisme, et les Jésuites ont failli en faire un monopole religieux. Sans ce vol botanique, Napoléon aurait peut-être perdu ses guerres encore plus tôt.
En 1638, la comtesse d'Alcantara, vice-reine du Pérou, tombe malade d'une fièvre mystérieuse qui tue des milliers d'Européens chaque année. Les médecins locaux sont dépassés. Alors des guérisseurs quechuas lui proposent quelque chose d'insolite : boire une décoction d'écorce d'un arbre qu'ils appellent "quina-quina".
Elle guérit en quelques jours. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Les Jésuites saisissent l'opportunité : ils ramènent l'écorce en Europe, la commercialisent sous le nom de "poudre des Jésuites" et en font un remède quasi mystique, vendu à prix d'or. Pendant 50 ans, ils contrôlent l'accès au seul traitement efficace contre le paludisme.
Le twist ? Le botaniste français Charles-Marie de La Condamine ne va pas les laisser faire. En 1735, lors d'une expédition en Amazonie, il décrit scientifiquement l'arbre, le Cinchona officinalis, le fait connaître à toute l'Europe savante et brise le monopole religieux. C'est lui qui donne à l'arbre son nom scientifique, en hommage à... la comtesse guérie un siècle plus tôt.
La molécule active, la quinine, ne sera isolée qu'en 1820 par deux pharmaciens français : Pierre-Joseph Pelletier et Joseph-Bienaimé Caventou. Ces deux-là travaillaient à Paris, à l'École de Pharmacie, et leur extraction de la quinine est considérée comme l'un des actes fondateurs de la chimie pharmaceutique moderne. Sans eux, pas de quinine pure, pas de chloroquine, pas d'antipaludéens contemporains.
Napoléon, lui, avait distribué des tonnes d'écorce à ses troupes lors de la campagne d'Égypte. Ça n'a pas tout sauvé, mais ça a limité les dégâts.
Aujourd'hui, le paludisme tue encore 600 000 personnes par an, surtout des enfants africains. Et la quinine, tu la retrouves encore au comptoir, dans certains traitements des crampes nocturnes. Un arbre péruvien du XVIIe siècle qui continue de tourner en rayons officinaux. Ça mérite le respect.
Source : Pharm'Alpha