Le saviez-vous ? On traitait l'infertilité masculine avec des testicules de singe

Dans les années 1920, un chirurgien franco-russe convainc l'élite mondiale qu'il peut rendre la jeunesse et la virilité grâce à des greffes de tissu testiculaire de singe. Des milliers d'hommes riches et célèbres se ruent sur sa clinique. La médecine n'en revient toujours pas.

Voilà un nom qui mériterait d'être plus connu : Serge Voronoff. Chirurgien franco-russe, formé à Paris, respecté, publié, membre de l'Académie de chirurgie. Pas un charlatan de foire. Et pourtant...

En 1920, Voronoff annonce au monde médical qu'il a trouvé le remède contre le vieillissement masculin. Sa technique ? Greffer de fines lamelles de testicules de chimpanzé sur les testicules humains. Il appelle ça la « greffe de rajeunissement ». Sobre.

Le truc dingue, c'est que ça marche. Enfin, les patients le croient. Énergie retrouvée, libido au top, mémoire améliorée. Voronoff publie des centaines de cas. En 1923, lors d'un congrès international à Londres, 700 chirurgiens l'applaudissent debout. Entre 1920 et 1940, il réalise plus de 500 opérations dans sa clinique de Monte-Carlo. Ses patients ? Des industriels américains, des lords anglais, des poètes, des généraux. Le prix d'une greffe : l'équivalent de 30 000 euros actuels. Les singes, eux, attendaient dans sa villa privée sur la Riviera.

Le twist ? C'était du placebo chirurgical pur. Le tissu de singe était rejeté par le système immunitaire en quelques semaines, sans laisser la moindre trace. Aucune greffe ne prenait. Aucune. Ce que les patients ressentaient, c'était l'effet puissant de la croyance - et peut-être du repos à Monte-Carlo.

Dès les années 40, la science démonte le mythe. Voronoff meurt en 1951, oublié et ridiculisé. Mais son histoire a une suite inattendue : ses recherches frénétiques sur les greffes de primates ont contribué, malgré lui, à poser les bases de l'immunologie des transplantations - ce même champ qui permit, en 1954, la première greffe de rein réussie entre jumeaux à Boston.

Aujourd'hui, quand un patient te demande si tel complément « booste vraiment la testostérone », pense à Voronoff. L'effet placebo, lui, n'a pas pris une ride.

Source : Pharm'Alpha