Le saviez-vous ? On mesurait la dose de médicament... avec le pouce du médecin
Avant les milligrammes et les fioles graduées, la posologie se mesurait avec les doigts. Littéralement. Et ce n'était pas une métaphore - c'était une technique médicale officielle, enseignée dans les universités.
Imagine le décor : on est au XIIe siècle, quelque part dans une école de médecine de Salerne, en Italie. La plus grande université médicale du monde à l'époque. Un professeur explique à ses étudiants comment doser une préparation de plantes. Il lève son pouce et dit : « Voilà ta mesure. »
La « drachme de doigt » ou « pugil » - du latin pugnus, le poing - était une unité de mesure réelle. On prenait autant de poudre qu'on pouvait en pincer entre le pouce et l'index, ou entre trois doigts joints. Ce que les médecins appelaient une « prise ». On retrouve encore cette expression dans notre langage courant, mais plus personne ne sait qu'elle désignait autrefois une posologie précise.
Le twist qui tue : ces doses variaient évidemment d'un médecin à l'autre. Un gros pouce corsé de chirurgien et le petit doigt fuselé d'un apothicaire n'ont pas le même volume. Résultat : pour une même « prise » d'ellébore - une plante puissamment purgative et toxique - certains patients étaient à peine soulagés, d'autres frôlaient l'empoisonnement. La posologie dépendait littéralement de la morphologie du praticien.
C'est cette anarchie des mesures qui a poussé les apothicaires à s'organiser. Dès le XIVe siècle, les premières « pharmacopées » locales tentent de standardiser les doses. En 1498, Florence publie le Ricettario Fiorentino, considéré comme la première vraie pharmacopée officielle. Balances, poids en cuivre calibrés, unités codifiées : la profession commence à s'arracher aux doigts du médecin.
Aujourd'hui, quand tu vérifies une ordonnance à la milligramme près ou qu'un patient te demande « c'est combien une prise ? », pense à tous les pouces qui ont précédé ta balance. La rigueur posologique qu'on tient pour acquise au comptoir a mis des siècles à s'imposer - et des générations d'apothicaires têtus pour y arriver.
Source : Pharm'Alpha