Le saviez-vous ? On mesurait la santé du foie en goûtant les selles du patient

Pendant des siècles, le médecin ne se contentait pas de regarder ou de palper. Il goûtait. Les excréments, la bile, l'urine... tout passait par la langue. Et le foie était la grande star de ce diagnostic gustatif totalement sérieux.

Accroche-toi bien parce que celle-là, tu vas la raconter au comptoir.

Au XVIIe siècle, diagnostiquer une maladie du foie, c'était une affaire de sens. Tous les sens. La médecine humorale d'Hippocrate, encore omniprésente 2 000 ans après sa mort, enseignait que le foie produisait la bile jaune et la bile noire. Et pour savoir si ces humeurs étaient en déséquilibre, le médecin avait une méthode redoutablement directe : il goûtait les selles du patient.

Pas métaphoriquement. Littéralement.

Un foie malade produisait une bile trop amère, trop acide ou trop sucrée. Cette bile colorait et aromatisait les excréments de façon caractéristique. Des selles pâles et fades ? Obstruction biliaire. Trop amères ? Excès de bile jaune, donc tempérament colérique en crise. Étrangement sucrées ? Signe d'un foie qui « fermente » - ce qu'on appellerait aujourd'hui une cirrhose débutante, et qui n'est pas si loin de la vérité sur le fond.

Le twist, c'est que cette pratique n'était pas réservée aux charlatans de foire. Elle figurait dans des traités médicaux sérieux, enseignée dans les facultés de Montpellier et de Bologne. Thomas Willis, le médecin qui a nommé le diabète « mellitus » (sucré) en 1675 après avoir goûté l'urine de ses patients, appliquait exactement la même logique. Le goût, c'était leur spectrométrie à eux.

Ce qui est bluffant, c'est qu'ils n'avaient pas entièrement tort. Le corps exprime vraiment des informations biochimiques dans ses sécrétions. On le sait aujourd'hui grâce aux biomarqueurs fécaux : la calprotectine dans les selles détecte une inflammation intestinale, et certains profils métaboliques dans les matières fécales peuvent orienter vers une pathologie hépatique.

La prochaine fois qu'un patient te demande à quoi servent ses analyses de selles, dis-lui qu'au moins maintenant, personne ne les goûte. C'est déjà un progrès considérable.

Source : Pharm'Alpha