Le saviez-vous ? On traitait la goutte royale en buvant du vin de lézard
Pendant des siècles, la goutte était réservée aux riches et aux rois. Le traitement ? Aussi baroque que la maladie. Entre lézards marinés, sang de bouc et poudre de cloporte, la pharmacopée anti-goutte du XVIIe siècle ferait pâlir n'importe quel rhumatologue.
La goutte, c'est le mal des puissants. Louis XIV en souffrait. Charles Quint aussi. Même Benjamin Franklin et Isaac Newton. Pendant des siècles, on l'appelait la « maladie des rois » - parce que seuls les nobles pouvaient se payer assez de viande rouge et de vin pour déclencher ces crises d'une douleur atroce au gros orteil.
Mais voilà le truc fascinant : les médecins du XVIIe siècle savaient très bien que la goutte était liée à l'alimentation. Ils le disaient. Et pourtant, leurs remèdes étaient... disons, créatifs. Thomas Sydenham, le « Hippocrate anglais », décrivait les crises de goutte avec une précision chirurgicale - et recommandait dans la foulée du vin infusé avec des lézards verts séchés pour calmer la douleur.
Les lézards, c'était le haut de gamme. En pharmacopée courante, on trouvait aussi la poudre de cloporte - disponible chez tous les apothicaires sérieux - le sang de bouc recueilli à la pleine lune, ou encore des cataplasmes de fiente de pigeon appliqués directement sur l'articulation enflée. Pour les cas désespérés, certains praticiens recommandaient de coller la patte d'un chien vivant sur le pied du malade. Le principe de sympathie, ça s'appelait.
Le twist ? Le seul remède qui fonctionnait vraiment à l'époque était l'hermodacte - la colchique d'automne. Une plante connue depuis l'Antiquité, utilisée par les médecins arabes, et systématiquement rejetée par les médecins européens qui la jugeaient trop toxique. Elle l'est, effectivement. Mais à bonne dose, c'est un anti-inflammatoire redoutable contre la goutte.
Il a fallu attendre 1763 et un médecin viennois, Anton von Störck, pour que la colchicine soit réhabilitée scientifiquement en Europe. Et aujourd'hui ? La colchicine est toujours dans nos ordonnances, recommandée en première ligne par l'EULAR pour les crises de goutte aiguë. Deux mille ans de savoir-faire finalement écrits sur une boîte de comprimés blancs. Pas mal pour une fleur qu'on avait préférée ignorer au profit du lézard mariné.
Source : Pharm'Alpha