Le saviez-vous ? On traitait les crises d'asthme avec du café noir très serré

Avant les bronchodilatateurs et les inhalateurs, les médecins prescrivaient littéralement du café fort pour calmer les crises d'asthme. Et ce n'était pas du folklore : il y avait une vraie chimie derrière. La caféine et la théophylline, ça joue dans la même cour.

On est en 1859. Un médecin anglais observe que ses patients asthmatiques semblent aller mieux après avoir bu plusieurs tasses de café très fort. Il ne rêve pas. Il note, il compare, il publie. Et la pratique, elle, existait déjà depuis bien avant.

Le lien entre café et asthme remonte au moins au XVIIIe siècle. Hyde Salter, médecin londonien et lui-même asthmatique, le documente avec précision en 1859 dans son traité « On Asthma : Its Pathology and Treatment ». Sa prescription personnelle ? Plusieurs tasses de café corsé dès les premiers signes de crise. Il décrit un soulagement net, quasi immédiat.

Et le twist chimique, il est beau : la caféine est structurellement très proche de la théophylline, une molécule que les pharmaciens ont bien connue. La théophylline est un bronchodilatateur puissant, utilisé massivement dans les années 70-80 contre l'asthme. Elle appartient à la même famille que la caféine : les xanthines. Autrement dit, le café agissait par un mécanisme réellement pharmacologique, pas par suggestion.

Des études des années 1980-90 ont d'ailleurs confirmé que consommer du café améliore modestement la fonction respiratoire pendant 2 à 4 heures. La FDA américaine a même intégré cette donnée dans ses recommandations de dépistage spirométrique : il faut éviter le café avant un test pulmonaire, justement parce qu'il fausse les résultats vers le haut.

La théophylline, elle, a progressivement cédé sa place aux bêta-2 agonistes et aux corticoïdes inhalés, à cause de sa fenêtre thérapeutique étroite et de ses effets secondaires. Mais elle reste encore prescrite aujourd'hui dans certaines formes sévères d'asthme ou de BPCO.

Alors la prochaine fois qu'un patient asthmatique te dit qu'il boit beaucoup de café, ne ricane pas trop vite. Ses ancêtres du XVIIIe avaient peut-être compris quelque chose que la chimie moderne a juste formalisé.

Source : Pharm'Alpha