Le saviez-vous ? On traitait les fractures du bassin en soudant les patients au lit
Avant les vis, les plaques et la chirurgie orthopédique moderne, une fracture du bassin était souvent une sentence de mort lente. La solution des médecins du XIXe siècle ? Immobiliser le patient des semaines entières dans des dispositifs de traction dignes d'un roman de Kafka. Et le pire, c'est que ça ne marchait presque jamais.
1847. À l'Hôpital Lariboisière de Paris, un ouvrier de chantier arrive avec le bassin fracassé après une chute de trois mètres. Le chirurgien de garde soupire. Il connaît la sentence : alitement strict, traction au poids, et prières.
La fracture du bassin était alors considérée comme l'une des blessures les plus mortelles qui soit. Pas à cause de l'os lui-même, mais à cause de ce qui se passait après. Alité pendant 6 à 12 semaines sans pouvoir bouger, le patient développait quasi systématiquement des escarres profondes, des infections urinaires foudroyantes, et des pneumonies d'immobilisation. La mortalité frôlait les 50 % dans les hôpitaux militaires européens.
Le dispositif de traction en vogue à l'époque s'appelait le « cadre de Volkmann », du nom du chirurgien allemand Richard von Volkmann. Le patient était littéralement suspendu dans un hamac de sangles, les jambes tirées par des poids allant jusqu'à 15 kilos. L'idée : réaligner les fragments osseux par la seule force de la pesanteur. Résultat réel : des douleurs insupportables, des contractures musculaires permanentes, et un réalignement osseux aléatoire.
Le grand twist arrive en 1886. Un jeune chirurgien irlandais nommé William Lane remarque quelque chose d'étrange : les fractures qui guérissent le mieux sont celles où les fragments osseux restent immobiles l'un contre l'autre, pas ceux qu'on tire dans tous les sens. Il commence à fixer les os avec des fils d'acier directement sur la fracture. Ses confrères le prennent pour un fou dangereux.
Il avait pourtant inventé l'ostéosynthèse, le principe fondateur de toute la chirurgie orthopédique moderne.
Aujourd'hui, une fracture du bassin instable se fixe en 2 heures avec des vis et des plaques titane, le patient remarche en quelques semaines. La prochaine fois qu'un patient revient de bloc ortho en râlant contre sa rééducation, rappelle-lui qu'il y a 150 ans, son seul traitement c'était un hamac de sangles et beaucoup de chance.
Source : Pharm'Alpha