Le saviez-vous ? On guérissait l'eczéma en enduisant la peau de goudron de houille
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Pas de crème sophistiquée, pas de corticoïdes : pendant des décennies, le traitement de référence contre l'eczéma et le psoriasis, c'était du goudron industriel étalé sur la peau. Et le plus fou ? Ça marchait vraiment. L'histoire de ce remède noir et malodorant est plus sérieuse qu'elle n'en a l'air.
Imagine qu'un dermatologue t'applique sur les bras le même produit qui sert à goudronner les routes. C'est exactement ce que vivaient des milliers de patients atteints de psoriasis et d'eczéma au tournant du XXe siècle. Et ils revenaient en consultation, parce que ça marchait.
L'histoire commence en 1925, quand le dermatologue américain William Goeckerman met au point un protocole combinant du goudron de houille épais et des rayons ultraviolets. Le principe : on enduit le patient de goudron de houille brut, on le laisse mariner plusieurs heures, puis on l'expose aux UV. Résultat : les plaques disparaissent en quelques jours. La méthode Goeckerman devient un standard mondial et reste utilisée dans certains centres hospitaliers jusqu'aux années 1980.
Le goudron de houille est un sous-produit de la fabrication du coke, lui-même tiré du charbon. Il contient plus de 10 000 composés chimiques différents, dont des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Ces molécules ralentissent la prolifération des cellules cutanées et réduisent l'inflammation, deux mécanismes exactement visés par les traitements modernes du psoriasis.
Le twist, c'est que personne ne savait vraiment pourquoi ça fonctionnait. Goeckerman avait observé l'effet avant de comprendre le mécanisme, une démarche empirique parfaitement cohérente avec la médecine de son époque. Les patients, eux, se fichaient de la théorie : l'odeur était insupportable, les draps devenaient noirs, mais les plaques disparaissaient.
Le goudron de houille existe encore aujourd'hui sous forme de shampoings, de crèmes et de lotions vendus en officine, notamment contre le psoriasis du cuir chevelu. La concentration est évidemment sans commune mesure avec les baignoires de goudron de 1925, mais le principe actif est le même. Preuve qu'entre le macadam et le rayon dermatologie, la frontière a toujours été plus mince qu'on ne le croit.