Le saviez-vous ? On guérissait les maladies de peau en vivant dans un fumier
Pendant des siècles, s'enfouir dans un tas de fumier chaud était une prescription médicale sérieuse. Pas une blague, pas une punition : un traitement recommandé par les meilleurs médecins d'Europe. Et certains patients juraient que ça marchait.
En 1650, si tu avais une psoriasis sévère, un eczéma rebelle ou une lèpre débutante, ton médecin ne t'envoyait pas à l'officine. Il t'envoyait à l'écurie.
La thérapie au fumier - appelée fimothérapie dans les textes médicaux latins - était pratiquée sérieusement du Moyen Âge jusqu'au XVIIIe siècle en Europe. Le principe : s'enfouir jusqu'au cou dans un mélange de paille fermentée, de crottin de cheval et de déchets organiques en décomposition, pendant plusieurs heures par jour. La chaleur dégagée par la fermentation pouvait atteindre 60 à 70°C à cœur, ce qui en faisait, selon les médecins de l'époque, un « bain de vapeur naturel et purificateur ».
Le twist ? Ils n'avaient pas complètement tort sur un point. La fermentation du fumier produit de l'ammoniac et certains composés soufrés qui ont, effectivement, des propriétés antiparasitaires légères. Pas de quoi soigner la lèpre, mais peut-être suffisant pour calmer des démangeaisons parasitaires. Ce qui explique sans doute pourquoi quelques patients témoignaient d'améliorations réelles.
Michel de Montaigne lui-même mentionne dans ses Essais des cures thermales à base de matières fermentées. Et en Russie, les bains de fumier de cheval (parovaya banya au fumier) étaient encore recommandés par certains guérisseurs jusqu'au début du XXe siècle.
Ce qui a vraiment mis fin à la pratique ? Pasteur. Quand il a démontré en 1857 que la fermentation n'était pas une réaction chimique abstraite mais le travail de micro-organismes vivants, plonger dans un bouillon bactérien est passé de « thérapeutique » à « suicide lent ».
Aujourd'hui, on ne prescrit plus le fumier, mais on reparle sérieusement du microbiome cutané. Les probiotiques topiques, les crèmes microbiote-friendly, les transplantations de flore cutanée pour traiter l'eczéma... Au comptoir, quand un patient te demande pourquoi son dermatite revient dès qu'il change de savon, la réponse n'est peut-être pas si loin de ce que ces vieux médecins pressentaient, confusément, dans leur tas de paille.
Source : Pharm'Alpha