Le saviez-vous ? On traitait les crises de nerfs avec des odeurs de cadavre

Pendant des siècles, les médecins ont prescrit aux femmes « hystériques » d'inhaler des fumées de corne brûlée, de poils carbonisés ou carrément de plumes roussies. La théorie ? L'utérus fuirait les mauvaises odeurs et retrouverait sa place. Aussi absurde que ça en a l'air.

Paris, XVIIe siècle. Une femme s'effondre, crise de larmes, convulsions, paralysie partielle. Le médecin arrive, sort son arsenal thérapeutique... et fait brûler une corne de cerf sous le nez de la patiente.

Bienvenue dans l'ère du traitement par fumigations. La théorie médicale dominante depuis Hippocrate - soit depuis 400 ans avant J.-C. - posait que l'utérus était un organe mobile, capable de « voyager » dans le corps. Quand il remontait vers le cerveau ou le cœur, il provoquait ce qu'on appelait l'hystérie, du grec hystera, « utérus ».

Le remède logique ? Faire fuir l'utérus vers le bas avec des odeurs repoussantes au niveau du visage - corne brûlée, soufre, poils roussis, voire excréments séchés - et attirer vers le bas avec des parfums agréables placés près du bas-ventre. Lavande, musc, rose. Un vrai jeu de chasse-croisé olfactif.

Mais voilà le twist : ce traitement a traversé l'Antiquité, le Moyen Âge et la Renaissance pratiquement intact. Galien le prescrivait. Ambroise Paré aussi. Et même au XVIIIe siècle, certains apothicaires vendaient encore des « sels volatils » à inhaler en cas de crise - ancêtres directs de nos sels d'ammoniaque.

L'hystérie féminine n'a officiellement disparu du DSM qu'en 1980. Trois millénaires de diagnostic inventé de toutes pièces, basé sur une anatomie imaginaire.

Ce qui est fascinant, c'est que derrière ces délires thérapeutiques se cachaient probablement des crises d'épilepsie, des attaques de panique, des conversions dissociatives. Des pathologies réelles, mal comprises, traitées avec des fumées de cadavre.

Aujourd'hui, quand un patient te demande pourquoi son anxiolytique met deux semaines à agir, rappelle-toi : on a mis deux mille ans à comprendre que le problème n'était pas dans l'utérus.

Source : Pharm'Alpha