Le saviez-vous ? On soignait les calculs biliaires en avalant des anguilles vivantes
Pendant des siècles, les médecins européens ont prescrit des créatures vivantes par voie orale pour « débloquer » les conduits internes. Et les calculs biliaires avaient leur remède attitré : l'anguille. Vivante, entière, avalée cul sec.
Mets-toi à la place d'un paysan breton en 1640. Tu souffres d'une douleur atroce sous les côtes droites. Le médecin arrive, t'examine, et sort… une anguille d'un seau.
À l'époque, la théorie des humeurs gouverne tout. Le foie est considéré comme le grand chef d'orchestre de la digestion. Les calculs biliaires ? Une simple obstruction d'humeur bilieuse épaissie. La solution logique, pour les praticiens du XVIIe siècle : envoyer quelque chose à l'intérieur pour « déboucher » le conduit. Et l'anguille, longue, souple, visqueuse, semblait franchement taillée pour le job.
La technique était codifiée dans plusieurs traités médicaux européens, notamment dans des ouvrages flamands et français de la Renaissance tardive. On recommandait des anguillettes de 15 à 20 centimètres, vivantes, avalées rapidement avec un peu d'huile d'olive pour faciliter le passage. L'idée étant que l'animal allait « frayer son chemin » à travers les voies biliaires et entraîner les calculs avec lui. Le twist ? Évidemment, l'anguille ne rejoignait jamais la vésicule biliaire. Elle finissait dans l'estomac, y mourait, et était digérée tranquillement. Les calculs, eux, restaient bien en place.
Certains patients signalaient pourtant une amélioration. Probablement parce que l'huile d'olive ingérée pouvait, elle, légèrement stimuler la contraction vésiculaire. L'anguille, c'était le packaging. L'huile, la molécule active. Un effet thérapeutique malgré la bêtise du vecteur - ça, c'est du classique.
Aujourd'hui, on traite les calculs biliaires par lithotripsie, par dissolution médicamenteuse à l'acide ursodésoxycholique - que tu as sûrement en stock - ou par cholécystectomie laparoscopique. Plus d'anguille, mais le principe de « faciliter l'évacuation biliaire », lui, est toujours là. Ton Delursan en gélule, c'est le descendant direct de ce seau d'anguilles. La médecine avance. Parfois en frétillant.
Source : Pharm'Alpha